Le début de la peur
C’est l’histoire d’un enfant pas comme les autres, un enfant prisonnier de sa vie, des agissements des autres.
Pierre étant enfant a vécu des choses que beaucoup d’entre vous n’imagineraient même pas vivre adulte.
Tout petit, Pierre vivait dans la peur, la peur d’un père qui terrorisait toute sa famille.
Quand à 5-6 ans on voit son père faire pleurer sa mère à cause d’une violence comme on n’en a jamais vu (forcément à cet âge là on ne connaît que les belles choses de la vie), on est choqué.
Paralysé par la peur et son visage inondé de larmes en voyant sa mère pleurer, Pierre était déjà un enfant pas comme les autres.
Non contente de lui avoir infligé des problèmes de santé depuis sa naissance, la vie avait décidée de lui faire subir la peur des autres.
Pierre avait donc débuté la vie avec un poids bien trop lourd à porter pour un jeune enfant comme il l’était, bien trop faible mentalement pour apprendre à gérer tout ça. Il était seulement en train de se construire et il lui fallait subir les pires choses de la vie. Ceci a bien entendu laissé des traces.
L’école, la période où Pierre a commencé à se « confronter » (et non « s’intégrer ») à la société.
Pierre débarquait dans le monde de la peur, un monde où tout inconnu est mal venu.
Pendant ses premières années scolaires, y compris la maternelle, Pierre était l’enfant le plus calme qu’aucune institutrice n’avait jusqu’alors rencontré. Dans son coin, ou plutôt dans son monde, Pierre restait toujours à l’écart des autres.
Quand ses camarades participaient au cours, lui les regardait, espérant ne pas être obligé d’y participer lui aussi, pour ne pas être mis en avant, mais rester en retrait. Pas qu’il était idiot, car s’il n’était pas le meilleur élève, il était de loin le moins bon, mais juste à cause du fait d’être confronté aux autres, d’attirer l’attention, que l’on attende quelque chose de lui (de répondre par exemple), tout ça lui faisait peur comme peu de gens peuvent le ressentir. A tel point que quand Pierre n’était ni confronté à ses problèmes, ni à ses peurs, il était heureux. Fuir le monde cruel, c’est là où l’innocence de l’enfant porte admiration, car là où les adultes se rongeraient d’inquiétude, les enfants s’évadent et savent faire abstraction de tout.
La peur de Pierre était tellement difficile à gérer que parfois quand il y était confronté il se mettait à pleurer. C’était la réaction de son corps face à la peur insurmontable. Les larmes, émotion avec laquelle un bébé, encore incapable de parler, se fait comprendre. Comme si le corps de Pierre, le voyant sans issu face à la peur, décidait de l’aider en utilisant une technique bien antérieure à son âge.
Cette réaction provoquait toujours l’incompréhension des autres. En effet, ne ressentant pas la peur de Pierre les gens ne pouvaient pas savoir pourquoi il se mettait à verser des larmes.
Malgré sa peur, Pierre parvenait tout de même à se faire des copains, surtout quand il était en école de bas âge, car de jeunes enfants ne jugent pas comme de jeunes ados ou des adultes.
Et puis avec l’habitude, même sans le vouloir, il était bien obligé d’apprendre à connaître les autres.
C’était donc quelque chose qui se faisait naturellement, pour ne pas dire instinctivement.
Par contre, avec les adultes, c’était toujours très difficile. Parfois il aurait aimé leur poser des questions, comme pour demander explication d’un cours qu’il n’a pas compris, ou des fois simplement pour signaler que l’instit avait oublié de lui distribuer une feuille, mais il y renonçait, car prendre la parole devant tout le monde sans que personne ne s’y attende, surtout pour parler à un adulte, c’était tout bonnement impossible, inenvisageable.
D’ailleurs le simple fait de dire « bonjour » en arrivant était déjà une épreuve qu’il redoutait. Et oui, un simple bonjour peut être un cauchemar pour certaines personnes.
C’était d’une souffrance telle qu’une fois à l’écart de ce genre de situation Pierre se sentait énormément soulagé !
Comment apprendre à vivre en société si on a peur de ceux qui constituent cette même société ? Difficile. Pierre ne faisait donc qu’accumuler les lacunes et, si jusqu’en école primaire ça ne le dérangeait pas trop au niveau des relations avec ses camarades de classe, quand il arriva au collège il comprit vite qu’il pouvait y avoir pire peur dans la vie.
by Tonio